Résumé

Loader Loading...
EAD Logo Taking too long?

Reload Reload document
| Open Open in new tab

Download [65.95 KB]



Fiche de lecture : Albert Camus « La Chute »

Résumé La Chute publiée en 1956 par Albert Camus montre au lecteur le changement drastique d’un personnage qui abandonne progressivement sa vie moraliste en tant qu’avocat pour enfin devenir juge-pénitent. Sous la forme d’un monologue bien conçue le héros Clamence raconte de manière passionnante à son interlocuteur une partie considérable de sa vie. Au fil du livre il révèle son histoire personnelle qui est celle d’un avocat serviable couronné de succès. D’abord il vit à Paris en tant qu’avocat qui semble être maître dans tous les domaines et qui lutte pendant toute sa vie en faveur des pauvres et démunis. Il poursuit dans sa vie une voie marquée par la justice et le moralisme. Mais une nuit il ne peut pas empêcher le suicide d’une fille qui se jette d’un pont. Avec cet événement tragique qui peut être considéré comme point crucial du livre se change tout pour Clamence. Il descend progressivement dans la vie souterraine et abandonne son attitude toujours correcte pour la remplacer par une vie marquée par l’alcool et la prostitution. Il finit par se rendre compte du fait qu’il est impossible de fuir la culpabilité. Il quitte donc la ville de Paris pour effectuer son nouveau métier : celui du juge-pénitent.Qu’est-ce qu’un juge-pénitent ? Pour comprendre le changement drastique de Clamence il faut prendre en considération son incapacité à sortir du cercle vicieux de l’enfer de la culpabilité qui est parfaitement démontré

dans la citation « on meurt ou on ment ». 1 Il choisit donc d’y trôner et d’exercer du pouvoir

sur les autres en confessant tous ses péchés pour pouvoir enfin juger les autres et les renvoyer à leurs propres responsabilités. Derrière cette idée se trouve une multitude de raisons pour lesquelles Camus a introduit ce métier. Mais pour les comprendre il faut que nous regardions la situation dans laquelle Camus s’est trouvé au moment où il a rédigé la Chute. Dans l’année 1951 s’est passé une terrible dispute entre Camus et le cercle des intellectuels autour de Jean Paul Sartre qui étaient amis à cette époque. La dispute était provoquée par la

1 Page 153 ; « La Chute » Texte intégral + dossier par Sophie Doudet


publication de l’essai de Camus « l’homme révolté » dans lequel Camus s’oppose définitivement au régime stalinien et ses goulags alors que Sartre et les autres existentialistes ont défendu une position tout à fait favorable à l’URSS car ils acceptaient ces camps sous le rapport de la création d’une meilleure société dans l’avenir. A l’issue de cette dispute Sartre et Camus se sont brouillés pour toujours. Une perte irréparable et terriblement douloureuse pour Camus. Camus va prendre l’attitude des existentialistes, selon lesquels l’existence précède l’essence, comme surface d’attaque. Il écrira donc dans ses « Carnets » : « existentialisme : quand ils s’accusent, on peut être certain que c’est toujours pour accabler les autres : des juges-pénitents ».Un coup d’œil sur les lieux : Amsterdam, « la Venise du Nord » et Paris Ce que Camus appelle dans la Chute « l’enfer moderne » se reflète dans l’environnement. L’auteur situe consciemment son œuvre au quartier juif de la ville d’Amsterdam. Ainsi, il fait

voir au lecteur de manière discrète les dérives du XXe à savoir les systèmes totalitaires avec

leurs grands crimes et surtout avec leurs camps de concentration. En se promenant dans la ville seulement pendant la nuit, l’ambiance est très sombre. Celle-ci est encore renforcée par la visite des deux personnages principaux de l’île de Marken dans le « Zuiderzee » qui sera accompagné par une description tout à fait affreuse « Un enfer

mou, […] la vie morte. »2

Un autre aspect intéressant est la description très négative de la ville de Paris en considérant que Camus lui même voyait en Paris « la capitale de la douleur », « cerné par ses obligations

d’homme public. »3

La guerre d’Algérie Si nous regardons la façon avec laquelle Camus a rédigé la Chute nous pouvons révéler un lien intéressant entre la question algérienne et son œuvre. En 1955 il publie beaucoup d’articles sur ce problème dans l’Express et se rend lui même en Algérie en 1956 pour soutenir les victimes innocentes de cette guerre.

2 Idem; page 61 3 Idem; page 147


Il va toujours préconiser une communauté franco-algérienne où Français et Algériens peuvent vivre ensemble librement et égaux en droit. Mais son opinion ne sera pas partagée par les deux camps opposés. Pendant un discours à un forum rassemblant Français et Algériens son idée d’une communauté franco-arabe sera refusée. Ceci est un grand échec pour Camus parce qu’il implique également une perte inchangeable de sa patrie (dans laquelle il est né et dans laquelle il ne pourra plus jamais être citoyen). Or, le monologue de Clamence dans la Chute reflète parfaitement cette situation dans laquelle une personne parle et parle tout le temps sans atteindre son interlocuteur. C’est la faillite du dialogue dû à un personnage incapable de s’ouvrir à son face à face qui dévalorise le contenu de ses mots dans cette avalanche d’informations qui ne semble jamais arrêter. Il est donc important de voire ce lien entre Camus qui lui aussi pressentait pendant ces années un échec du dialogue qui le font beaucoup souffrir et le héros du livre Clamence.Quelques allusions frappantes : En lisant ce livre l’auteur s’aperçoit que le personnage de Clamence est marqué par des traits de caractère qui ont été déjà abordé par plusieurs grands écrivains classiques. Le premier lien est en même temps le plus frappant : Clamence correspond absolument au personnage que Nietzsche appelle dans Zarathoustra le surhomme. Grâce à son moralisme Clamence se sent supérieur des autres. Tous ses efforts pour aider les gens le font sembler être le bienfaiteur de la société. Cette supériorité est parfaitement montrée par des expressions

comme «hisser à ce point culminant» ou «un sommet ». 4 5

Avec le désarroi de Clamence dont lequel il ne se remet pas Camus introduit encore une fois des influences extérieures dans l’œuvre. Car déjà Dostoïevski a traité dans ses « carnets du sous-sol » l’histoire d’un homme qui découvre la faillite de ses valeurs morales. Nietzsche et Léon Chestov reprennent cette idée et ajoutent le terme d’une « expérience douloureuse de cesser de croire à ses valeurs moralistes » qu’ils appellent donc « la tragédie du sous-sol ». Or, pourquoi Camus a choisi ces auteurs ? Ceci se laisse particulièrement expliquer par sa sympathie avec ces auteurs. Déjà à l’âge de 20 Camus a fait jouer ses pièces préférées de Dostoïevski dans le théâtre du travail à Alger et grâce à ses études de philosophie il a pu découvrir les grands philosophes de l’histoire qui vont l’accompagner pendant toute sa courte vie.

4 Idem; page 25 5 Idem; page 115


Un lien évident : Clamence et Camus Pendant longtemps Camus va refuser l’opinion qu’ont eue beaucoup de personnes et selon laquelle Clamence était le miroir de l’auteur. Or, plus tard dans une lettre qu’il va jamais envoyer nous trouvons la preuve qui dit le contraire : « Je vous certifie que les détails orchestrés dans la Chute ne concernent que moi. » Mais même sans cette lettre il aurait été évident qu’il y existe un lien entre les deux. Dans les années 1950 que Camus va appeler plus tard « les années terribles » il tombe dans une forte dépression. La popularité le fait entrer progressivement dans un blocage d’écrire. Il ressent de même un grand sentiment de culpabilité puisque sa femme Francine tente de se suicider plusieurs fois et que lui reproche la chose suivante : « Tu dénonces les faiblesses des autres, mais les tiennes ? » Ce même sentiment se retrouve chez Clamence lorsqu’il ne peut empêcher la mort de la jeune fille qui se suicide. Nous nous ne pouvons pas nous imaginer le monologue Clamencien marqué par une voix violente et forte sans regarder ces expériences dures qu’a subies Camus. Dans le personnage de Clamence se montrent aussi des traits de caractère qui ressemblent beaucoup à ce qu’Albert Camus représente à savoir son intelligence, sa prise facile de parole, son engagement pour des nobles causes, son admiration pour la Grèce et aussi leurs âges qui sont à peu près les mêmes. Ce que je reproche à Camus c’est qu’il a beaucoup introduit des événements externes dans le monologue de Clamence. Par rapport à la querelle entre le cercle des existentialistes et Camus même, on retrouve parfois des propos dans la Chute qui reprennent mot pour mot les polémiques de 1951. Ainsi Clamence dit qu’il faut dissimuler la servitude des hommes « pour ne pas les désespérer » qui

est la reprise d’une formule célèbre de Sartre : « il ne faut pas désespérer Billancourt ».6 D’avoir

parfois l’impression que Camus a pris cet œuvre comme moyen pour accabler les existentialistes qui l’ont tellement insultés auparavant : voilà quelque chose qui me gène. Qu’est-ce que je retiens du livre ?

6 Idem ; page 51

Laisser un commentaire