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RESUME – LES REGRETS JOACHIM DU BELLAY (1558) I. Les Regrets

Les Regrets est un recueil de poèmes écrits par Joachim du Bellay durant son séjour en Italie (entre 1553 et 1557). Ces poèmes retracent son parcours et ses réflexions alors qu’il est exilé de son pays natal, la France. Il y a suivi le cousin de son père, le cardinal du Bellay, officiant auprès de lui comme secrétaire. Le recueil contient l’un de ses plus fameux écrits : « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, Ou comme cestuy là qui conquit la toison, Et puis est retourné, plein d’usage et raison, Vivre entre ses parents le reste de son aage ! Quand revoiray-je, helas, de mon petit village Fumer la cheminee, et en quelle saison, Revoiray-je le clos de ma pauvre maison, Qui m’est une province, et beaucoup d’avantage ? Plus me plaist le séjour qu’ont basty mes ayeux, Que des palais Romains le front audacieux, Plus que le marbre dur me plaist l’ardoise fine, Plus mon Loyre Gaulois, que le Tybre Latin, Plus mon petit Lyré, que le mont Palatin, Et plus que l’air marin la douceur Angevine. »


II. Les thèmes abordés

L’exil

Du Bellay souffre de son exil en Italie, tant affectivement qu’intellectuellement. De nombreux textes retracent cette obligation de se trouver loin de son pays, vécue avec difficulté par le poète. Extrait poème XXXVI : « Mais j’ay si grand désir de me voir de retour, / Que ces trois ans me font plus qu’un siège de Troye, / Tant me garde (Morel) que Paris je revoye, / Et tant le ciel pour moy fait lentement son tour / Il fait son tour si lent, et me semble si morne, / Si morne,

et si pesant, que le froid Capricorne / Ne m’accoursit les jours, ni le Cancre les nuicts. / Voila

(mon cher Morel) combien le temps me dure / Loing de France et de toy, et comment la nature / Fait toute chose longue aveques mes ennuis. » Extrait poème XXXII : « O beaux discours humains ! je suis venu si loing, / Pour m’enrichir d’ennuy, de vieillesse, et de soing, / Et perdre en voyageant le meilleur de mon aage. / Ainsi le marinier souvent pour tout tresor / Rapporte des harencs en lieu de lingots d’or, / Ayant fait, comme moy, un malheureux voyage. »

L’a mour pour son pays natal

La souffrance liée à l’exil fait réaliser à Du Bellay l’amour qu’il porte à la France. Il rend hommage à son pays à de nombreuses reprises comme dans les extraits ci-dessous. Extrait poème XXXI (cité précédemment en entier) : « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, / Ou comme cestuy là qui conquit la toison, / Et puis est retourné, plein d’usage et raison, / Vivre entre ses parents le reste de son aage ! / Quand revoiray-je, helas, de mon petit village / Fumer la cheminee, et en quelle saison, / Revoiray-je le clos de ma pauvre maison, / Qui m’est une province, et beaucoup d’avantage ? » Extrait poème CLXXI : « Loue l’esprit divin, le courage indontable, / La courtoise doulceur, la bonté charitable, / Qui soustient la grandeur, et la gloire de France… »


Extrait poème CXC : « Dessous ce grand François, dont le bel astre luit / Au plus beau lieu du

ciel, la France fut enceincte / Des lettres et des arts, et d’une troppe saincte, / Que depuis

sous Henry feconde elle a produict… »

La critique de Rome

L’exil forcé rappelle au poète son affection envers sa nation, mais lui fait également constater avec désarroi son mal-être en Italie. Il livre dans Les Regrets de nombreuses critiques des mœurs romaines qui le désolent. Extrait poème LXXXV : « Flatter un crediteur, pour son terme allonger, / Courtiser un banquier, donner bonne esperance, / Ne suivre en son parler la liberté de France, / Et pour respondre un mot, un quart d’heure y songer : / Ne gaster sa santé par trop boire et manger, / Ne faire sans propos une folle despense, / Ne dire à tous venans tout cela que lon pense, / Et d’un maigre discours gouverner l’estranger : / Cognoistre les humeurs, cognoistre qui demande, / Et d’autant que lon a la liberté plus grande, / D’autant plus se garder que lon ne soit repris : / Vivre aveques chascun, de chascun faire compte : / Voilà, mon cher Morel (dont je rougis de honte) / Tout le bien qu’en trois ans à Rome j’ay appris. » Extrait poème LXXXIV : « Suivre son Cardinal au Pape, au Consistoire, / En Capelle, en Visite, en Congregation, / Et pour l’honneur d’un prince, ou d’une nation, / De quelque ambassadeur accompagner la gloire : / Estre en son rang de garde aupres de son seigneur, / Et faire aux survenans l’accoustumé honneur, / Parler du bruit qui court, faire de l’habile homme : / Se pourmener en housse, aller voir d’huis en huis / La Marthe, ou la Victoire, et s’engager aux Juifz : / Voilà, mes compagnons, le passetemps de Rome. »

L’éloge

L’auteur rend hommage à ses pairs comme dans les passages repris ci-dessous qui concernent

Ronsard et Thiard. Il s’agit d’autres artistes appartenant, comme lui, à la Pléiade, un groupe formé de

sept poètes au XVIe siècle. La poésie de Du Bellay devient alors encomiastique (relative à la

célébration, l’éloge).


Extrait poème CLII : « Laissons donc, je te pry, laissons causer ces sotz, / Et ces petits gallands, qui ne

sachant que dire, / Disent, voyant Ronsard et Bellay s’entr’escrire, / Que ce sont deux muletz qui se

grattent le doz. / Nos louanges (Ronsard) ne font tort à personne : / Et quelle loy défend que l’un à

l’autre en donne, / Si les amis entre eulx des présens se font bien ? / On peult comme l’argent

trafiquer la louange, / Et les louanges sont comme lettres de change, / Dont le change et le port

(Ronsard) ne couste rien. »

Extrait poème CLV : « Thiard, qui as changé en plus grave escriture / Ton doulx stile amoureux :

Thiard, qui nous a fait / D’un Petrarque un Platon, et si rien plus parfait / Se trouve que Platon, en la

mesme nature : / Qui n’admire du ciel la belle architecture… »

La richesse morale

Le recueil met en avant la richesse morale au détriment de la fortune matérielle. Il vante les mérites

de la noblesse d’esprit que du Bellay estime avec force.

Extrait poème XXXVIII : « O qu’heureux celuy qui peult passer son aage / Entre pareils à soy ! et qui

sans fiction, / Sans crainte, sans envie, et sans ambition, / Regne paisiblement en son pauvre

mesnage ! / Le miserable soing d’acquerir d’avantage / Ne tyrannise point sa libre affection, / Et son

plus grand desir, desir sans passion, / Ne s’estend plus avant que son propre heritage. / Il ne

s’empesche point des affaires d’autruy, / Son principal espoir ne depend que de luy, Il est sa court,

son roy, sa faveur, et son maistre. / Il ne mange son bien en païs étranger, Il ne met pour autruy sa

personne en danger, Et plus riche qu’il est ne voudroit jamais estre. »

L’écriture

Passionné par l’écriture et la littérature, du Bellay aborde également dans son œuvre le style et la

manière d’écrire.

Extrait poème I : « Je ne peins mes tableaux de si riche peinture, / Et si hauts arguments ne recherche

à mes vers : / Mais suivant de ce lieu les accidents divers, / Soit de bien, soit de mal, j’escris à

l’adventure. / Je me plains à mes vers, si j’ay quelque regret, / Je me ris avec eulx, je leur dy mon

secret, / Comme estans de mon cœur les plus seurs secretaires. / Aussi ne veulx-je tant les pigner et

friser, / Et de plus braves noms ne les veulx desguiser, / Que de papiers journaulx, ou bien de

commentaires. »

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