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Nés au Portugal, mes parents étaient un couple marié mais ils vivaient leur relation à distance par nécessité financière. Mon père avait émigré en France environ un an avant ma venue au monde, pendant que ma mère était restée au pays. Il rentrait environ deux fois par an et avec ma mère et mes frères, nous lui avons rendu visite en France à quelques reprises dans l’objectif de nous installer avec lui, mais cela n’a pas fonctionné. Petite fille, j’ai beaucoup souffert de son absence et lorsqu’il rentrait à la maison pour passer à peine quelques jours avec nous, je faisais tout pour attirer son attention. D’après ma mère j’y parvenais très bien, elle m’a toujours dit que quand il était de retour il n’avait d’yeux que pour moi, j’étais sa petite pou- pée mais ce que j’ai gravé dans mon mental c’est le fait que je ne me suis jamais sentie aimée par lui autant que je l’aurais sou- haité. Ses longues absences ont laissé en moi un vide sans fin à combler et ses rares présences ont gravé en moi des moments uniques, magiques et précieux où je le voyais comme un héros. Je l’ai mis sur un piédestal et j’ai occulté pendant des années toutes les blessures et la colère qu’il avait éveillées en moi. C’est la raison pour laquelle pendant ma longue période d’analyse, j’ai mis longtemps à ne voir autre chose en lui que le héros qu’il était pour moi. Il m’a fallu de longues années pour le faire descendre de son piédestal et devenir consciente que j’a- vais de la colère envers lui. On m’a tellement appris que c’était mal d’être en colère que je ne me le permettais pas. Occulter ma colère était aussi un bon moyen pour m’éviter d’affronter mes émotions douloureuses. Je ne voyais tout simplement pas que je souffrais déjà, mais je souffrais de manière anesthésiée. C’est à travers mes différentes relations que j’ai pu devenir conscience de la colère que je refoulais envers mon père car j’en ressentais également beaucoup envers mes différents partenaires. En ana- lysant mes relations j’ai pu observer que je les accusais des mêmes choses dont j’accusais mon père. 31 Confidences d’une ancienne dépendante affective